25.02.2017

Les coulisses du livre

Rencontre avec Vincent Turhan, auteur de la bande dessinée Le chemin des égarés

À l’occasion du Festival d’Angoulême, les éditions Les Enfants Rouges ont publié le superbe premier album de Vincent Turhan, Le chemin des égarés, qui retrace l’histoire de trois sans-abris au lendemain de l’ouragan Katrina. En manque d’héroïne et de crack, ils décident de partir à la recherche de leur dealer.

le chemin des égarés - Vincent Turhan

Avec Vincent, nous nous connaissons depuis de nombreuses années et j’ai eu envie qu’il me parle de son travail sur cette bande dessinée. Avec deux bières dans le sac à dos, je me rends à son appartement pour qu’il me présente son œuvre.

Explique-moi comment tu as eu l’idée de cette bande dessinée ?

Cela fait des années que je m’intéresse à la Louisiane de manière générale, surtout à sa musique : le jazz, le blues, la country mais pas seulement. Il y a aussi pleins de musiques comme le punk, hardcore, métal, qu’on trouve là-bas. Elles sont hyper ancrées dans les traditions. Les paysages singularisés par cette nature sauvage et très écorchée m’ont aussi toujours fasciné.

En parallèle, au moment où je suis arrivé en école d’illustration, tout le monde m’a dit : « Il faut que tu bosses le mouvement ». J’ai alors commencé à dessiner dans les gares et j’y ai rencontré des SDF et des junkies. J’ai également fait parti d’une association, qui s’appelait Les enfants du Canal qui venait en aide aux sans-abris. Je les dessinais et on discutait.

J’ai eu envie de raconter quelque chose sur la marginalité, la rédemption, sur le fait de trouver un sens à sa vie et le mettre dans un cadre un peu proche des personnages. En Louisiane, même si la nature semble écorchée, il s’en dégage quelque chose de très poétique et émouvant. J’y ai été 1 mois ½ pendant les 10 ans de Katrina (le 28 août 2015), et j’ai pu m’imprégner de cette ambiance très particulière, mystérieuse, organique, presque ancestrale. Tout est un peu poisseux, humide, crasseux. Néanmoins, l’endroit est fascinant, comme si l’homme n’avait aucun pouvoir dessus. Quelque part, les trois personnages de l’histoire reflètent ce paradoxe.

Le chemin des égarés

Pourquoi Katrina, qu’est-ce qui t’as touché dans cet ouragan ?

J’avais lu pas mal de témoignages autour de Katrina et l’idée de prendre un contexte dans lequel tout le monde revient socialement à égalité m’a plu. « Katerina » en grec ancien veut dire « Purifier ». Je me suis demandé comment des gens déjà démunis pouvaient réagir à un tel événement, et pouvaient se dire que peut-être, il était temps de repartir à zéro. L’idée que tout le monde a le droit à une nouvelle chance me plait. Dans un passage de l’album, il y a une phrase qui dit : « Pour les autres, l’ouragan avait frappé fort. Ils avaient tout perdu et plus encore. Pour moi qui déjà n’avais rien, j’étais devenu l’un d’eux ». Je crois que tout est parti de là…

Le chemin des égarés

Concernant la technique, pourquoi avoir choisi l’encre et l’aquarelle ? 

D’un côté je travaille à l’encre et ensuite, sur une deuxième feuille, je travaille à l’aquarelle avec une table lumineuse.

J’ai travaillé l’aquarelle de façon totalement marginale et je suis parti dans la texture avec des pinceaux, qui ne sont pas destinés à cette technique habituellement, pour retranscrire une ambiance plus nébuleuse et écorchée, tout à fait en lien avec l’histoire.

Le chemin des égarés

En ce qui concerne ce bleu, je suis tombé amoureux de cette couleur. Après l’avoir trouvé, j’ai dévalisé mon magasin d’Art. En plus, elle représente bien sûr un lien avec le blues, dont les paroles sont généralement tristes, mais la musique est joyeuse, reposante et planante, comme l’ambiance du début de l’histoire. C’était important de retrouver ce sentiment et cette ambiance.

Le chemin des égarés

La musique a donc eu une grande place pendant l’écriture de l’album.

Très importante ! Les musiques que j’ai écoutées durant l’album ont varié du début à la fin. La phase du découpage, ou le story-board, c’est vraiment la meilleure partie pour moi, car c’est là où tu crées vraiment, et qu’il faut que ça plane. Du coup, pour moi, c’était du Mogwaï, Explosion in the Sky, Sigur Ros, Hammock

Après, ça doit devenir plus mécanique car on est plus dans l’exécution. J’ai écouté du reggae, du blues, du jazz, voire même à la fin des bruits d’ambiance pour la relaxation comme de la pluie, des bruits de forêt, les sons du bayous…

Parlons un peu de toi. Tu n’es pas juste auteur. Que fais-tu d’autre dans la vie ?

Professionnellement, mon temps se répartit essentiellement en tant que maquettiste et graphiste pour une maison d’édition de carnets de voyage. De temps en temps, j’ai des commandes d’illustrations et je fais donc de la BD. Je donne également des cours aux Ateliers de Beaux Arts et à des tout-petits. J’aime tout ce que je fais. En fait, je suis passionné par l’image. Avant, je travaillais dans l’archéologie et c’était déjà le côté image qui m’intéressait. Je préférais travailler sur l’iconographie, sur la représentation de telle divinité ou de tel rituel.

Quels sont tes projets BD après Le chemin des égarés ?

J’ai cinq projets en tête, mais je ne sais pas encore celui que je vais commencer en premier. Certains sont plus avancés que d’autres dans ma tête. J’ai bien envie faire un projet léger pour me marrer, totalement différent du Chemin des égarés.


Retrouvez Le chemin des égarés du Facebook et les éditions Les Enfants Rouges sur leur site.

Merci à Vincent pour cette interview et ce bon moment.

Marine Nina

Article par Marine Nina

Maman de La vie est un roman, je suis aussi professionnelle du livre, rédactrice et bibliothérapeute à Paris. Ma vie est un livre composé de mots doux, de musique, d’images et de papier. Le tout donne une pâte à mâcher avec laquelle on peut fabriquer de jolies choses, comme ce blog.

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