Mon amie Fanny était sur la route de l’ouragan Irma mercredi matin. Après plusieurs jours sans donner de nouvelles, elle a posté ce message sur Facebook. J’ai eu envie de le partager ici car ce témoignage me paraît essentiel pour comprendre la situation actuelle de Saint-Martin.

Merci à toutes et tous pour vos messages. Je n’ai que très peu de batterie et depuis hier soir une connexion 3G merdique qui a au moins le mérite d’exister. D’oú ce message commun. Irma a dévasté Saint-Martin mercredi matin. Nous étions prévenus et pensions être bien préparés. Mais compte tenu de la force des vents annoncée nous nous étions réfugiés chez nos amis qui habitent le bâtiment à côté du nôtre, de peur que notre toit s’envole. Et on a bien fait…

Nos amis avaient des volets anticycloniques tout autour de l’appart, face à la mer. Nous avions envisagé le pire et prévu quelques vivres dans la salle de bain. Le vent a commencé à souffler vers 4h, créant des bruits indescriptibles et très inquiétants. Les volets grinçaient. Les baies vitrées se gonflaient. On a commencé à avoir peur parce que nous savions que le dernier relevé indiquait des rafales à plus de 365km/h et que ce que nous étions en train de subir n’était même pas le début de l’ouragan. On faisait pas les malins du tout. Entre 5h30 et 6h, Irma a fait une entrée fracassante. Elle a déchiré les volets anticycloniques de la baie vitrée face mer, qui a elle même explosé laissant une vue spectaculaire sur des vagues de cinq à six mètres qui se cassaient au pied du bâtiment. La mer a rejoint la piscine. Les voitures flottaient sur le parking. Joachim et moi étions déjà dans la salle de bain depuis quelques minutes. Nos potes étaient à l’étage pour récupérer leur fils de trois ans qui a miraculeusement dormi jusqu’à cinq heures du mat et a été d’un calme salvateur pendant toute la durée de l’ouragan. Il ne comprenait pas pourquoi l’ouragan ne crachait pas du feu. Et on a réalisé que cela faisait des heures qu’on lui parlait de l’ouragan et de la tempête mais qu’il croyait en fait que c’était un dragon (quasi homophone quand on est un enfant et pas parce qu’il avait regardé le dernier épisode de GOT). Mais bon un dragon n’est pas une raison suffisante pour s’arrêter de manger des gâteaux et chanter.

Nos amis nous ont rejoints en trombe dans la salle de bain quand la baie vitrée a explosé. On y est resté tous ensemble pendant cinq heures, les garçons retenant la porte qui menaçait de s’ouvrir à tout moment, même si nous avions dans l’urgence calé une grosse planche pour la retenir (elle est à côté de la porte d’entrée et en face d’une baie vitrée dont le volet s’est détaché). Les murs tremblaient. La pression était si forte que nos oreilles étaient bouchées et douloureuses. Il faisait très lourd. On transpirait à grosses gouttes et l’instant d’après on avait froid. On était terrorisés. Lorsque le plafond a commencé à goutter nous avons réalisé que la chambre en haut devait être inondée et que le plafond risquait de nous tomber sur la tête à tout moment. L’eau commençait à entrer de plus en plus sous la porte. C’était très angoissant et le peu que nous apercevions de dehors en entrouvrant les jalousies entre les rafales, cette espèce de brume bleuâtre, de pénombre entrecoupée de flashs lumineux, les cocotiers qui se balançaient en touchant terre, les bruits de choses qui se brisent et tombaient, ne nous aidait pas à relativiser. Nous pensions vraiment vivre nos derniers instants. Puis nous nous sommes retrouvés dans l’œil pendant un temps tellement court que nous n’étions pas sûrs qu’il s’agissait bien de ça. À travers les jalousies nous avons découvert les premiers dégâts sur les autres bâtiments. Je voyais notre appart : baie vitrée et sa structure carrément arrachées, balustrade du balcon aussi, toitures envolées.

Et puis d’un coup rebelote. Mais cette fois dans un autre sens (le vent). Imaginer avec difficulté comment survivre à un second round vus les ravages causés par le premier. Constater que le verrou de la porte de la salle de bain est bloqué et qu’on est enfermé. Voir l’eau monter de quelques millimètres et paniquer à l’idée de mourir noyés. Faire passer les brassards à la maman du petit. Des bruits de choses qui tombent, des grondements, des rafales d’une violence inouïe. Se recroqueviller en se protégeant la nuque. Se demander pourquoi on a refusé de partir à Montréal comme le proposait Joachim à l’annonce du probable passage d’un cyclone majeur. Prendre plein de bonnes résolutions pour si on survit et se dire qu’on écrira un livre intitulé : Pourquoi je ne suis pas partie à Montréal ?.

Un peu moins de trois heures plus tard, le calme malgré la traîne. Et le sentiment que ce n’est pas vraiment fini. L’interrogation: c’est l’œil ou bien ? On voit alors des gens sortir des décombres pour recenser les dégâts. Quand ils sont plus nombreux on se dit que ce doit être effectivement fini. Ne pas oser quitter cette salle de bain à laquelle on doit la vie.

Depuis la solidarité s’est très vite mise en place pour rafistoler les décombres, les stocks de bouffe et d’eau, surveiller les enfants qui jouent comme si de rien n‘était et surtout sécuriser la résidence des pilleurs en effectuant des rondes nocturnes. Certaines personnes voient en un cyclone l’opportunité de s’enrichir. Ils n’ont parfois même plus de toit et volent des écrans plats. Tous les commerces se font piller. Parfois aussi ce sont les gérants qui distribuent leurs stocks généreusement. Bref (même si je n’ai pas du tout été brève) là on a trouvé un abri et on attend José. On va bien.


Fanny Fontan est journaliste et travaille pour le journal local de Saint-Martin Soualigapost.


Photo : Fanny Fontan

Marine Nina

Article rédigé par :

Maman de La vie est un roman, je suis aussi éditrice, rédactrice et libraire à Paris. Ma vie est un livre composé de mots doux, de musique, d’images et de papier. Le tout donne une pâte à mâcher avec laquelle on peut fabriquer de jolies choses, comme ce blog.

1 commentaire

  1. Très fort témoignage sur cette catastrophe. Je suis en Martinique et Irma est passée très loin au Nord (même si pas assez loin pour tout le monde). Nous n’avons ressenti que de la pluie et du vent entre le mardi soir et le mercredi midi.
    Bon courage à Saint-Martin et Saint-Barth, les prochains mois vont être longs.
    Solène

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